La Tunisie possède un patrimoine naturel considérable encore insuffisamment valorisé. Ses gisements de phosphates, de pétrole et de gaz, associés à d’abondantes ressources minières ainsi qu’à un potentiel remarquable en énergie solaire et éolienne, représentent des atouts majeurs pour stimuler la relance économique, diversifier les sources de richesse et amorcer une transition énergétique pérenne. Néanmoins, malgré cette abondance, leur impact sur le développement du pays demeure en deçà de leurs capacités réelles.
Valoriser ses richesses naturelles pour un développement durable
Le soleil et le vent tunisiens figurent parmi les plus abondants du pourtour méditerranéen. Pourtant, les énergies renouvelables ne couvrent encore qu’une faible part de la production nationale, estimée entre 3 et 6%. L’objectif fixé d’atteindre 30% d’ici 2030 reste ambitieux, mais réalisable à condition d’adopter une planification territoriale cohérente, de dynamiser les projets photovoltaïques d’envergure, à l’image de ceux de Kairouan et Tataouine, et de renforcer les partenariats entre le secteur public et les investisseurs privés dans un cadre de transparence accrue.
Pour l’économiste Jihad Ben Brahim, la véritable clé de meilleure rentabilisation des ressources réside dans la réforme de la gouvernance du secteur extractif. Celui-ci souffre encore d’un manque de clarté dans les contrats, de retards dans la mise en œuvre des projets et d’une coordination insuffisante entre l’Etat, les régions et les populations concernées.
L’expert plaide pour une adhésion pleine à l’initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), la publication systématique des accords miniers et pétroliers, ainsi qu’une implication accrue des collectivités locales dans la gestion de ces richesses. Selon lui, exporter des matières premières brutes, comme le phosphate ou le pétrole, prive le pays d’une part essentielle de valeur ajoutée.
Il appelle donc à une stratégie de transformation locale, passant par la création d’industries chimiques autour du phosphate, engrais, acide phosphorique, et la mise en place d’unités de raffinage sur le sol tunisien. A Gafsa, il suggère de développer des écosystèmes industriels intégrés dédiés à la valorisation des minerais tels que le fer, le plomb ou le zinc. Cette approche, estime-t-il, permettrait non seulement d’accroître les revenus nationaux, mais aussi de générer des milliers d’emplois dans les régions minières.
Ainsi, la Tunisie dispose des ressources naturelles et du potentiel énergétique nécessaires pour bâtir une économie plus résiliente. Il reste désormais à transformer ces atouts en moteurs de développement durable, fondés sur la transparence, la valorisation locale et une vision industrielle à long terme.

